Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 20:03

 

http://www.manifestepourundebatsurlelibreechange.eu/WordPress3/wp-content/uploads/2012/01/photo-chiens-de-garde.jpg

 

…avec Christophe Barbier, Yves Calvi, Arlette Chabot, Daniel Cohen, François Denord, Alain Duhamel, Jean-Pierre Elkabach, Jean Gadray, Laurence Ferrari, Luc Ferry, Michel Field, Franz-Olivier Giesbert, Michel Godet, Laurent Joffrin, Jacques Julliard, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Lordon, Henri Maler, Alain Minc, Michel Naudy, Christine Ockrent, Jean-Pierre Pernaut, David Pujadas… dans leurs propres rôles !

 

« Mon pouvoir, excusez-moi, c’est une vaste rigolade. Le vrai pouvoir stable, c’est le pouvoir du capital. Il est tout à fait normal que le vrai pouvoir s’exerce. »

 

Cette phrase de Franz-Olivier Giesbert résume très bien ce que cherche à démontrer cet excellent film documentaire qui évoque les liaisons dangereuses entre journalistes et décideurs (dirigeants de grandes entreprises, responsables politiques…), et met à mal la sacro-sainte trinité « pluralisme – indépendance – objectivité » revendiquée pourtant par tout journaliste un tantinet soucieux d’éthique…

 

 

En 1932, l’écrivain et philosophe communiste Paul Nizan publie « Les chiens de garde », essai pamphlétaire dirigé contre quelques-uns des philosophes les plus connus de l’époque (Bergson, Brunschvicg, Lalande…), qui, selon lui, de par leur appartenance à la classe bourgeoise, ne tiennent aucunement compte du réel quotidien auquel la majorité des hommes se trouve confrontée (pauvreté, chômage, maladie…), préférant préconiser aussi du coup une idéologie orientée, dont le but est de justifier et perpétuer les valeurs morales et socio-économiques de la classe dominante.

 

En 1997, Serge Halimi (aujourd’hui Directeur du « Monde diplomatique »), publie à son tour « Les nouveaux chiens de garde », essai préfacé par Pierre Bourdieu, qui présente une analyse sur la collusion existante entre pouvoirs médiatiques, politiques et économiques, les journalistes étant selon lui les porte-paroles d’une pensée unique puisqu’au service uniquement de la classe dominante.

 

Halimi co-signe ici le scenario de ce film, co-écrit par les deux cinéastes, Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, et également par des journalistes membres d’Acrimed (association née du mouvement social de 1995 et faisant fonction d’observatoire des médias), Pierre Rimbert et Renaud Lambert.

 

Soulignons d’emblée l’humour de ce film pamphlet qui, entre montages savoureux d’extraits d’émissions, démonstrations ludiques par l’image, analyses critiques pertinentes des économistes Frédéric Lordon et Jean Gadray, du sociologue François Denors, et des journalistes Michel Naudy et Henri Maler, se laisse voir sans aucun ennui et temps mort !

 

Plus concrètement, ce film démontre bien les conséquences malsaines dues au fait que journalistes, politiques et autres décideurs font partie de la même caste, du même milieu social, avec les mêmes intérêts (économiques…), qui font que, évidemment au sein de ce milieu consanguin, qui se réunit volontiers chaque mois lors des fameux dîners du Siècle , la connivence entraîne forcément des compromissions, qu’on peut voir comme une perte d’« indépendance », voire d’« éthique ».

 

Et les exemples cités, souvent très drôles, ne font pas de cadeaux…

 

http://www.mondomix.com/Publish/generalfiles/image/JULIEN/Monpatron.jpg

 

Ainsi, Jean-Pierre Elkabach pris en flagrant délit de flatterie éhontée envers son patron, Arnaud Lagardère – Luc Ferry et Jacques Julliard, invités a priori pour confronter leurs avis théoriquement divergents, se renvoyant la balle avec forces complicité et amabilité – Michel Field faisant la promo de Casino ou d’Arnaud Lagardère, encore lui…, lors d’un congrès UMP - Alain Duhamel multipliant en excès les éditoriaux (jusqu’à une dizaine à la fois), illustrant à lui seul cette dérive d’omniprésence que dénoncent aussi les deux cinéastes…

 

Ainsi ces journalistes, si compréhensifs avec les puissants (Laurent Joffrin mettant plus d’une minute pour poser, avec circonvolution et affectation, une question gênante à Jacques Chirac…), mais durs et autoritaires avec les plus faibles (David Pujadas demandant avec insistance et fermeté au représentant syndical, Xavier Mathieu, de revenir au calme… - idem avec Yves Calvi face à un éducateur de banlieue…).

 

Ainsi tous ces médias, possédés par un noyau réduit de grands décideurs (les Bouygues, Lagardère, Bolloré, Dassault, Pinault…), qui occultent les reportages gênants (cf l’exemple de TF1 refusant d’évoquer le défaut de construction de la centrale nucléaire de Flamanville, dont le chantier est dirigé par Martin Bouygues…).

 

Ainsi également ces prestations de « ménages », ces animations de colloques d’entreprises, payées à prix d’or, que de nombreux journalistes acceptent de faire, au mépris de toute éthique (cf l’exemple d’une Isabelle Giordano qui invite sur son émission de France Inter intitulée « Service public » le chef d’entreprise pour lequel elle a animé quelques jours plus tôt un séminaire…)

 

Ainsi, ces experts, sollicités à tout bout de champ, qui squattent depuis des lustres les plateaux TV, toujours présentés comme universitaires ou chercheurs, alors qu’ils ont des accointances avec les plus grandes entreprises du CAC 40 (en tant qu’administrateur ou parce qu’ils y animent des séminaires…), sûrs d’eux-mêmes, condescendants, et incapables de la moindre autocritique, même quand ils sont pris en flagrant délit d’incompétence (cf l’exemple flagrant d’Alain Minc et de l’économiste Daniel Cohen qui assuraient en 2008 que la crise financière était passée…)

 

Ainsi, surtout, ce côté « pensée unique », qui nous rabâche toujours les mêmes faits divers (destinés à « faire diversion », comme le disait si bien Bourdieu), les mêmes rengaines de « réformes nécessaires »… les mêmes caricatures (sur les cités de banlieue, l’insécurité…), montrant surtout le mépris de classe dont font preuve les journalistes, trop inféodés eux-mêmes au pouvoir.

 

Bref, ce film passe au moulinet tout ce petit gratin, ce monde d’auto-satisfaits, qui semblent avoir oublié depuis belle lurette les concepts de « pluralisme, indépendance, objectivité ».

 

Ceci étant, autant je suis d’accord pour la remise en cause des concepts de « pluralisme » et d’« indépendance », autant je suis plus sceptique sur le concept même d’« objectivité ». D’ailleurs, ce film ne l’est pas, et tant mieux ! Car c’est son côté « pamphlet militant » qui m’a aussi séduite.

 

Alors, évidemment, les concernés n’ont pas trouvé le film terrible… : « document à charge, en forme de redite, démonstration caricaturale, procès en sorcellerie, climat de chasse aux journalistes détestable » (L’Express), « trop manichéen, grille de lecture périmée » (Le Figaro), « Au ras de l’enluminure, animation bébête à l’appui » (Libération)…

 

…alors que celui-ci pourrait leur donner l’occasion d’une remise en cause salutaire (enfin, on peut rêver…).

 

En tout cas, moi, en tant que simple lectrice et spectatrice, même si, au fond, ce film n’a fait que confirmer ce qu’à mon humble avis, les français observent depuis longtemps, j’ai apprécié ce film, pamphlet pédagogique et revigorant, qui rappelle malheureusement ô combien l’opportunisme et l’ambition, dans le mauvais sens du terme, peuvent dévoyer les qualités et l’éthique du journalisme.

 

 

 

 


Par Valérianne - Communauté : Humeurs
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 19:56

http://www.onlinemovieshut.com/wp-content/uploads/2011/08/a-dangerous-method.jpg

 

Bien sûr, je plaisante, car le dernier film de Cronenberg est bien plus que cela ! Et va bien au-delà de la description historique qui retrace la rencontre, l’amitié, puis la rupture entre Freud et Jung. Bien au-delà également de cette triangulaire sulfureuse entre ces deux psychanalystes et Sabina Spielrein, cette jeune patiente hystérique qui deviendra elle-même psychiatre et psychanalyse, et formera bon nombre d’analystes en Russie plus tard, et qui apparaît clairement ici comme la source indirecte de leurs querelles théoriques, querelles qui cachent elles-mêmes bien d’autres enjeux...

 

Alors certes, « A dangerous method » est un film bavard, bien plus bavard que les films dont David Cronenberg nous avait habitués jusque-là ; ça parle, ça associe, ça interprète, ça réfléchit… mais Cronenberg est suffisamment malin pour faire passer plein d’autres choses (non-dits, ambivalences…) par le biais de sa mise en scène, avec une maîtrise d’ailleurs qui laisse très vite deviner, derrière l’apparence très corsetée de l’histoire et des personnages, des ombres et des enjeux de pouvoir (liés à plein de choses : milieu social, origine, culture, statut…), et qui permet aussi au spectateur de se prendre lui-même au jeu de la surinterprétation…

 

Au niveau technique, saluons le travail de découpage qui permet au cinéaste, en moins de deux heures, d’embrasser une dizaine d’années (l’histoire démarre en 1904 pour se terminer en 1914, à l’aune de la première guerre mondiale). Le travail de montage qui enclenche par moments certaines associations d’idées. Saluons aussi son choix, dans certaines scènes, de mettre au même niveau les visages pourtant placés dans des plans différents, ce qui permet de prêter attention aussi bien à celui ou celle qui parle qu’à celui qui écoute. Saluons le travail sur le son, qui bouscule aussi les images. Bref, saluons ce travail de réalisation parfaitement maîtrisé, qui, sur un film parlant de psychanalyse, crée une mise en scène originale de la parole. Car les mots ici prédominent, et ce sont d’ailleurs aussi les mots qui dérangent, provoquent éventuellement le scandale, étant donné qu’au niveau visuel, rien n’est montré, ou presque. Ce qui correspond finalement assez bien à cette époque où tout semble si bien verrouillé, qu’un simple mot fait mystère, voire peut tout faire déraper.

 

Le personnage que j’ai trouvé le plus émouvant dans le film, c’est Sabina Spielrein, parce qu’on la voit évoluer, prendre des risques, se métamorphoser, se libérer, prendre ainsi petit à petit contrôle sur sa vie. Et l’actrice Keira Kneightley apporte à Spielrein une réalité  époustouflante ! (même si j’imagine que certains trouveront son jeu trop outrancier, surtout au début… mais bon, rappelons que c’était alors la réalité de l’hystérie). Et même si à la fin, on est un peu déçu de constater que Sabina Spielrein réintègre la norme des conventions bourgeoises.

 

http://3.bp.blogspot.com/_kB64emkj-pU/THtglZCYX_I/AAAAAAAAVOA/eeHcZEmwsro/s1600/imgg1348.jpg

 

Cronenberg a toujours été doué pour montrer l’envers du décor, la réalité qui se dérègle, et « A dangerous method » ne fait pas exception à la règle, même si la mise en scène est ici très classique. Mais ce classicisme peut être trompeur, et la photographie (notamment la beauté de certaines images, de certains plans, oniriques, limite irréels…) laisse deviner que derrière les débats théoriques, le calme supposé, les désirs obscurs refont surface, et la réalité est toute prompte à se dérégler. Jusqu’au climax émotionnel de la fin (rupture entre Freud et Jung), et l’ombre de la catastrophe annoncée par le rêve apocalyptique que Jung raconte à Spielrein (dans un décor idyllique qui laisse d’autant plus prendre conscience de l’horreur qui s’annonce).

 

Au final, film intelligent, parfaitement maîtrisé, très bien interprété, qui montre aussi ô combien que ce sont les expériences vécues, celles qu’on ose faire, même (surtout ?) si celles-ci nous mettent en danger, ainsi que les interactions avec les autres, qui permettent d’évoluer. Mais ce n’est pas, ceci étant, un de mes films préférés de Cronenberg. Car peut-être trop  maîtrisé justement.


Enfin à voir quand même.

 

 

Par Valérianne - Communauté : Humeurs
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 17:41
     http://marvelll.fr/wp-content/gallery/shame/shame-poster-1.jpg

 

Avec « Shame », Steve McQueen nous livre un film âpre et dur, magistralement porté par Michael Fassbender qu’il avait déjà révélé dans « Hunger », et qui confirme ici qu’il est un des acteurs les plus intéressants de sa génération.

 

Mais parlons aussi de l’actrice Carey Mulligan, qui joue avec beaucoup de sensibilité la petite sœur Sissy, car son personnage est tout aussi essentiel dans l’histoire. C’est pour cette raison d’ailleurs que je préfère de beaucoup l’affiche anglaise, qui rend mieux compte de ce qui se joue dans ce film, derrière l’apparence bien trop réductrice d’une addiction au sexe. Brandon et Sissy étant les deux facettes d’une même pièce, celle de la honte.

 

Car ici, la honte (« shame ») liée donc en apparence à l’addiction sexuelle, apparaît très vite comme une partie immergée d’un iceberg encore plus honteux, qu’on devine dans la relation trop fusionnelle et probablement post-incestueuse entre le frère et la sœur.

 

Comme l’on devine rapidement que, pour essayer de s’en sortir, lorsque l’une choisit une dérive hystérisée, suicidaire et mélodramatique, l’autre est emmuré dans un monde glacial, hermétique, glauque, rythmé par son besoin compulsif de sexualité non affective – où les corps, même bien filmés, apparaissent plus comme des morceaux de viande que comme des êtres humains à part entière.

 

Evidemment, tout ce bel édifice commence sérieusement à se fissurer – et heureusement ! - lorsque la sœur retrouve son frère et s’installe chez lui.

 

Un peu d’humanité transparaît alors chez Brandon, notamment dans les prémisses d’une relation avec une collègue de travail, dont on sent qu’il aimerait (à défaut de pouvoir…) « tomber amoureux ». Pourtant, le portrait de départ de ce trentenaire, à qui tout réussit en apparence, avec sa belle gueule, son appart épuré et ses costumes griffés aurait pu faire penser à un frère jumeau de Patrick Bateman (le serial killer froid et obsessionnel de Bret Easton Ellis), et donc laisser présager du pire. Mais la fin, même si faite de souffrance et de tristesse, apparaît quand même comme une espérance vers un avenir moins sombre, car plus dans le « lâcher prise », et la culpabilité enfin assumée (cf la scène de l’hôpital).

 

Avec ses couleurs froides, ses mouvements de caméra oppressants, et le jeu tout en finesse de ces Brandon/Fassbender et Sissy/Mulligan tourmentés, Steve McQueen a réussi, sur un sujet tabou et casse-gueule, à faire un film très juste, qui ne tombe pas non plus dans le psychologisme explicatif souvent lourdingue et/ou la leçon de morale (cf ce que dit Sissy à son frère : « Nous ne sommes pas mauvais, nous venons d’un endroit mauvais »).

 

Bref, une réussite pour moi.

 

 

Par Valérianne - Communauté : Humeurs
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 23 novembre 2011 3 23 /11 /Nov /2011 16:56
http://www.cinemovies.fr/images/data/affiches/2011/once-upon-a-time-in-anatolia-22299-349267873.jpg
 
Je me suis sentie immergée quasi instantanément dans ce film d’atmosphère, le fait que la nuit soit omniprésente une bonne partie du film facilitant, à l’instar des personnages, le vagabondage de l’esprit. Tout est tellement juste dans ce film, et ce, d’emblée, que déjà, j’ai envie de saluer cette magie qui nous fait oublier qu’on est dans un film de fiction.
 
Je me demande au fond si le fait de caster et faire jouer des acteurs inconnus (enfin peut-être qu’ils sont très connus en Turquie) n’est pas un sacré atout ; c’est très très rare que j’arrive à m’immerger complètement dans un film, car souvent, le fait que les rôles sont joués par des acteurs que je reconnais, fausse le jeu (même dans les meilleurs films). Là, ça n’est pas été le cas, et dès les premières minutes, je me suis sentie comme une petite souris, témoin privilégiée d’une histoire avant tout authentique, réellement vécue !
 
http://www.anglesdevue.com/wp-content/uploads/2011/05/IltaitunefoisenAnatolie2.jpg
 
   

Même si, au fond, l’histoire en elle-même a peu d’importance. Car elle n’est que prétexte à ce qui se joue dans les relations, et chez chacun des personnages (tour à tour solitaire, individualiste, égoïste – puis relié… - cf le choix final du médecin, qu’on peut interpréter comme un choix très compassionnel, même si peu éthique), elle n’est que prétexte au fait qu’on se rend compte que chacun, à sa manière, s’arrange avec la réalité. Question essentielle : à quel point d’ailleurs un événement extérieur à soi réactive des choses personnelles, où commence  l’identification projective face à l’autre… quelle est la part de soi-même et de la vie des autres dans nos pensées, nos idées, nos choix…

 

De plus, je n’ai pas senti du tout de jugement de la part du cinéaste, juste un constat, probablement amer, sur le fait qu’on se ment tous à soi-même, que notre équilibre est toujours fait de petits arrangements, souvent pathétiques… mais néanmoins tellement humains. Aucun jugement non plus sur le fait que l’homme serait potentiellement mauvais (peut-être par contre le fait que l’homme est facilement esclave de ses passions charnelles, amoureuses…), mais surtout le constat que nos vies ne sont que doutes, incertitudes, rebondissements… - même (surtout ?) derrière les discours rationnalisés et (apparemment) convaincus, et que finalement, on ne peut jamais rien maîtriser !
 
Et j’ai senti aussi, et chez chacun des personnages, y compris les plus antipathiques d’emblée (le commissaire ou le maire par ex…), de l’empathie de la part du cinéaste, une humanité dans son regard, probablement parce qu’il s’inclut aussi dans ces hommes et femmes qu’il filme pourtant au plus près, au cordeau, sans complaisance. Même si on peut déduire que le personnage du médecin est celui qui lui « ressemble » le plus.
 
 
http://www.cinemovies.fr/images/data/photos/22299/il-etait-une-fois-en-anatolie-2011-22299-248391519.jpg
 
Beaucoup de mystère et d’interrogations en tout cas dans ce film un peu étrange, film d’atmosphère avant tout, avec des scènes magiques, parfois irréelles tellement elles ont l’air oniriques (notamment celle avec la fille du Maire), et paradoxalement, beaucoup d’évidences, dans ce qui est proposé très très finement, comme un « possible » et sûrement pas comme une « Vérité »…
 
C’est un grand cinéaste que Nuri Bilge Ceylan – dont personnellement, je vois pour l’instant très peu de points faibles. Il sait très bien filmer (photographie magnifique – utilisation très pertinente du hors champ : la scène de l’autopsie, par ex, a été assez éprouvante), choisir ses acteurs, les diriger (cf le fait qu’on oublie très vite qu’on se trouve dans un film), et surtout, il sait distiller une atmosphère très particulière, avec toujours un point de vue singulier et très fin, fait de doutes et d’intuitions. D’ailleurs, moi qui ne suis pas du tout fétichiste des DVD, j’ai pourtant déjà acheté « Uzak », « Les trois singes » et « Les climats » (et c’est évident que j’achèterai – aussi – « Il était une fois en Anatolie » !).
 
Par Valérianne - Communauté : Humeurs
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 4 novembre 2011 5 04 /11 /Nov /2011 10:04
http://www.quad.fr/movies/FEATURES/Intouchables_teaser_voisin.jpg
 
Evidemment, je veux parler d'"Intouchables", le film dont tout le monde parle... tiré d'une histoire vraie, celle de Philippe Bozzo di Borgo, et de son aide à domicile, Abdel Sellou. C'est important de préciser que l'histoire est véridique, tellement elle paraît improbable ! ;-)

Suite à un accident de parapente qui l'a rendu tétraplégique, Philippe donc, un richissime aristocrate, choisit d'embaucher pour l'aider dans son quotidien Driss, un jeune noir des cités, au parcours jusque là chaotique, et pas vraiment motivé, c'est le moins qu'on puisse dire, au départ par le poste... (il s'est présenté à l'entretien pour faire signer un papier de présence pour Pôle Emploi). Mais finaud et intuitif, Philippe choisit justement, parmi la multitude de candidats (tous apparemment plus scolaires les uns que les autres...) Driss, à cause de son profil, le milliardaire en ayant plus que marre de la ouate conventionnelle et tristoune dans laquelle son entourage cherche à le (sur)protéger, en se disant qu'au moins, avec ce nouvel aide à domicile atypique, il n'y aura ni pitié, ni compassion dégoulinante !

Etrange tandem donc que ces deux là, que tout sépare en apparence, et qui pourtant, se reconnaissent d'emblée, avec une facilité déconcertante. Il faut dire que le personnage de Driss a des sacrés atouts dans la poche, d'une, il se contrefiche que Philippe soit handicapé, et de deux, son naturel, sa spontanéité et sa joie de vivre sont communiquants !

"Intouchables" est une comédie enlevée et brillante, décomplexée et gonflée, qui pourtant, ne dérape jamais, ni dans le vulgaire, ni dans l'émotion trop facile... On rit beaucoup, avec un rire souvent gorgé d'émotion, sans pour autant que cela tombe - du tout - dans un sentimentalisme larmoyant. Car le film est tout sauf pathos, il arrive à faire rire sur un sujet ô combien casse-gueule, avec des scènes à l'humour tantôt potaches, tantôt à l'ironie mordante, mais toujours dans une sincérité criante de vérité.

Les deux acteurs, François Cluzet et Omar Sy, sont, chacun dans son style, épatants ! Il y a quelque chose de l'ordre de l'évidence qui se passe entre les deux personnages, probablement en a t-il été de même entre les acteurs, sur le tournage, tellement se dégage dans ce film une connivence singulière.

Une vraie vraie réussite d'une comédie étonnante qui devrait cartonner tout l'hiver ! ;-) (il paraît que le film est déjà vendu dans plus de 40 pays, et que les américains ont déjà prévu d'en faire un remake...)
 
Par Valérianne - Communauté : Humeurs
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus