Partager l'article ! "Shame" de Steve McQueen: Avec « Shame », Steve McQueen nous livre ...
Avec « Shame », Steve McQueen nous livre un film âpre et dur, magistralement porté par Michael Fassbender qu’il avait déjà révélé dans « Hunger », et qui confirme ici qu’il est un des acteurs les plus intéressants de sa génération.
Mais parlons aussi de l’actrice Carey Mulligan, qui joue avec beaucoup de sensibilité la petite sœur Sissy, car son personnage est tout aussi essentiel dans l’histoire. C’est pour cette raison d’ailleurs que je préfère de beaucoup l’affiche anglaise, qui rend mieux compte de ce qui se joue dans ce film, derrière l’apparence bien trop réductrice d’une addiction au sexe. Brandon et Sissy étant les deux facettes d’une même pièce, celle de la honte.
Car ici, la honte (« shame ») liée donc en apparence à l’addiction sexuelle, apparaît très vite comme une partie immergée d’un iceberg encore plus honteux, qu’on devine dans la relation trop fusionnelle et probablement post-incestueuse entre le frère et la sœur.
Comme l’on devine rapidement que, pour essayer de s’en sortir, lorsque l’une choisit une dérive hystérisée, suicidaire et mélodramatique, l’autre est emmuré dans un monde glacial, hermétique, glauque, rythmé par son besoin compulsif de sexualité non affective – où les corps, même bien filmés, apparaissent plus comme des morceaux de viande que comme des êtres humains à part entière.
Evidemment, tout ce bel édifice commence sérieusement à se fissurer – et heureusement ! - lorsque la sœur retrouve son frère et s’installe chez lui.
Un peu d’humanité transparaît alors chez Brandon, notamment dans les prémisses d’une relation avec une collègue de travail, dont on sent qu’il aimerait (à défaut de pouvoir…) « tomber amoureux ». Pourtant, le portrait de départ de ce trentenaire, à qui tout réussit en apparence, avec sa belle gueule, son appart épuré et ses costumes griffés aurait pu faire penser à un frère jumeau de Patrick Bateman (le serial killer froid et obsessionnel de Bret Easton Ellis), et donc laisser présager du pire. Mais la fin, même si faite de souffrance et de tristesse, apparaît quand même comme une espérance vers un avenir moins sombre, car plus dans le « lâcher prise », et la culpabilité enfin assumée (cf la scène de l’hôpital).
Avec ses couleurs froides, ses mouvements de caméra oppressants, et le jeu tout en finesse de ces Brandon/Fassbender et Sissy/Mulligan tourmentés, Steve McQueen a réussi, sur un sujet tabou et casse-gueule, à faire un film très juste, qui ne tombe pas non plus dans le psychologisme explicatif souvent lourdingue et/ou la leçon de morale (cf ce que dit Sissy à son frère : « Nous ne sommes pas mauvais, nous venons d’un endroit mauvais »).
Bref, une réussite pour moi.
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